Make life beautiful! Make life beautiful!

Le Mauvais Vitrier (The Bad Glazier), from Charles Baudelaire’s Le Spleen de Paris. Translation is David Lehman’s and borrowed from the Antioch Review. See also Edgar Allan Poe’s Imp of the Perverse.

There are people who live entirely in their minds and are totally impractical, utterly abstract, who can nevertheless, under the sway of some mysterious force, act so decisively even they cannot believe it.

One fellow comes home, fearful of bad news, so he paces for a full hour in front of the concierge’s door, too nervous to knock but too irresolute to leave; another one holds onto a letter for a fortnight before he opens it; a third is still wondering, after six months have gone by, whether to do something he should have done a year ago. There are times when even such characters spring into action, rudely propelled by an irresistible force, like an arrow shot from a bow. The moralist and the physician, with their air of infallibility, cannot explain where this energy comes from or how a good-for-nothing idler or voluptuary, ordinarily incapable of running the simplest errand, can somehow tap into that surfeit of bravery that emboldens a man to perform the craziest and most reckless stunts.

A friend of mine, as innocuous a daydreamer as has ever lived, once set a forest on fire just to see, he said, whether fire spreads as speedily as people think. Ten times the experiment failed. On the eleventh it succeeded all too well.

Somebody else will light a cigar near a powder keg just to see, to know, to tempt destiny, to test his mettle, to gamble, to enjoy the pleasures of anxiety, or for no reason at all, on a whim, a piece of mischief born of idleness.

For the twin cause of this energy is ennui and fantasy; and those in whom it manifests itself tend to be, as I have said, the laziest of day-dreaming louts.

Someone too timid to meet your gaze, who needs to pluck up all his courage just to enter a cafe or step into the box office
of a theater, where the ticket vendors appear vested with the majesty of Minos, Eacus, and Rhadamanthus, will suddenly stop an old man in the street, a stranger, and hug him with a big show of affection before an astonished crowd.

Why? Because . . . because the man’s face struck him as irresistibly sympathetic? Maybe. But it is likely he had no idea why he acted as he did.

More than once have I myself been the victim of these crises, these impulses that lead us to believe that we are possessed by malicious Demons, imps of the perverse that make us do their bidding, whether we will it or not.

One morning I woke up in a bad mood, depressed, exhausted, yet motivated, as it seemed to me, to do something spectacular–to attempt some heroic exploit. That is when, alas, I opened the window.

(Observe, please, that the mystical spirit, which, in some of us, is a sign neither of overwork nor affectation but of inspiration and good fortune, suggests, in the intensity of desire it rouses, a certain state of mind–hysterical in the view of doctors, satanic in the view of those who think more deeply than doctors — in the throes of which we may commit deeds as rash and dangerous as they are transgressive.)

The first person I saw in the street below was a maker of window glass loudly hawking his wares. He virtually punctured the pestilential air of Paris with his shouts. I can’t say why the sight of this poor bastard filled me with a surge of violent hatred, but it did.

“Hey,” I shouted, motioning him to come upstairs. I grinned at the thought that the glazier would have to climb six flights of narrow stairs and that his fragile cargo might not survive intact.

And then there he was. I looked at the panes and said, “What! No colored glass? No rose-colored glass, red glass, blue glass? Where are the magic panes, the window-panes of paradise? What impudence! You barge into this humble neighborhood without even the decency to bring the glass that can make life beautiful.” And I pushed him down the stairs.

I went to the balcony with a little flower pot and when he emerged in front of the door, I dropped my engine of war perpendicularly. The shock made him fall backward, breaking all the glass that remained of his itinerant stock. It sounded like the cracking of a crystal palace
split by lightning.

Drunk with the madness of the moment I shouted: “Make life beautiful! Make life beautiful!”

These impulsive jests are not without their hazards, and sometimes there is a stiff price to pay. But what does an eternity of damnation matter to one who has found in a single instant
an infinity of joy?


Il y a des natures purement contemplatives et tout à fait impropres à l’action, qui cependant, sous une impulsion mystérieuse et inconnue, agissent quelquefois avec une rapidité dont elles se seraient crues elles-mêmes incapables.

Tel qui, craignant de trouver chez son concierge une nouvelle chagrinante, rôde lâchement une heure devant sa porte sans oser rentrer, tel qui garde quinze jours une lettre sans la décacheter, ou ne se résigne qu’au bout de six mois à opérer une démarche nécessaire depuis un an, se sentent quelquefois brusquement précipités vers l’action par une force irrésistible, comme la flèche d’un arc. Le moraliste et le médecin, qui prétendent tout savoir, ne peuvent pas expliquer d’où vient si subitement une si folle énergie à ces âmes paresseuses et voluptueuses, et comment, incapables d’accomplir les choses les plus simples et les plus nécessaires, elles trouvent à une certaine minute un courage de luxe pour exécuter les actes les plus absurdes et souvent même les plus dangereux.

Un de mes amis, le plus inoffensif rêveur qui ait existé, a mis une fois le feu à une forêt pour voir, disait-il, si le feu prenait avec autant de facilité qu’on l’affirme généralement. Dix fois de suite, l’expérience manqua ; mais, à la onzième, elle réussit beaucoup trop bien.

Un autre allumera un cigare à côté d’un tonneau de poudre, pour voir, pour savoir, pour tenter la destinée, pour se contraindre lui-même à faire preuve d’énergie, pour faire le joueur, pour connaître les plaisirs de l’anxiété, pour rien, par caprice, par désœuvrement.

C’est une espèce d’énergie qui jaillit de l’ennui et de la rêverie ; et ceux en qui elle se manifeste si opinément sont, en général, comme je l’ai dit, les plus indolents et les plus rêveurs des êtres.

Un autre, timide à ce point qu’il baisse les yeux même devant les regards des hommes, à ce point qu’il lui faut rassembler toute sa pauvre volonté pour entrer dans un café ou passer devant le bureau d’un théâtre, où les contrôleurs lui paraissent investis de la majesté de Minos, d’Éaque et de Rhadamanthe, sautera brusquement au cou d’un vieillard qui passe à côté de lui et l’embrassera avec enthousiasme devant la foule étonnée.

— Pourquoi ? Parce que… parce que cette physionomie lui était irrésistiblement sympathique ? Peut-être ; mais il est plus légitime de supposer que lui-même il ne sait pas pourquoi.

J’ai été plus d’une fois victime de ces crises et de ces élans, qui nous autorisent à croire que des Démons malicieux se glissent en nous et nous font accomplir, à notre insu, leurs plus absurdes volontés.

Un matin je m’étais levé maussade, triste, fatigué d’oisiveté, et poussé, me semblait-il, à faire quelque chose de grand, une action d’éclat ; et j’ouvris la fenêtre, hélas !

(Observez, je vous prie, que l’esprit de mystification qui, chez quelques personnes, n’est pas le résultat d’un travail ou d’une combinaison, mais d’une inspiration fortuite, participe beaucoup, ne fût-ce que par l’ardeur du désir, de cette humeur, hystérique selon les médecins, satanique selon ceux qui pensent un peu mieux que les médecins, qui nous pousse sans résistance vers une foule d’actions dangereuses ou inconvenantes.)

La première personne que j’aperçus dans la rue, ce fut un vitrier dont le cri perçant, discordant, monta jusqu’à moi à travers la lourde et sale atmosphère parisienne. Il me serait d’ailleurs impossible de dire pourquoi je fus pris à l’égard de ce pauvre homme d’une haine aussi soudaine que despotique.

« — Hé ! hé ! » et je lui criai de monter. Cependant je réfléchissais, non sans quelque gaieté, que, la chambre étant au sixième étage et l’escalier fort étroit, l’homme devait éprouver quelque peine à opérer son ascension et accrocher en maint endroit les angles de sa fragile marchandise.

Enfin il parut : j’examinai curieusement toutes ses vitres, et je lui dis : « — Comment ? vous n’avez pas de verres de couleur ? des verres roses, rouges, bleus, des vitres magiques, des vitres de paradis ? Impudent que vous êtes ! vous osez vous promener dans des quartiers pauvres, et vous n’avez pas même de vitres qui fassent voir la vie en beau ! » Et je le poussai vivement vers l’escalier, où il trébucha en grognant.

Je m’approchai du balcon et je me saisis d’un petit pot de fleurs, et quand l’homme reparut au débouché de la porte, je laissai tomber perpendiculairement mon engin de guerre sur le rebord postérieur de ses crochets ; et le choc le renversant, il acheva de briser sous son dos toute sa pauvre fortune ambulatoire qui rendit le bruit éclatant d’un palais de cristal crevé par la foudre.

Et, ivre de ma folie, je lui criai furieusement : « La vie en beau ! la vie en beau ! »

Ces plaisanteries nerveuses ne sont pas sans péril, et on peut souvent les payer cher. Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance ?

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