Achille n’est plus seulement hante par sa propre mort, mais par le gouffre meme de la mort.

From Marcel Conche’s essay La disproportion d’Achille in his collection Essais sur Homere (pg 88-89):

La nature demonique d’Achille – ou le cote demonique de sa nature – se revele surtout apres la mort de Patrocle. Si la mort de Patrocle est, pour lui, un veritable “tremblement de terre”, c’est qu’il ne s’y attendait pas.  Jusque-la, il vivait persuade que son sort etait de perir en Troade, loin des siens.  Sa mere, Thetis, le lui a dit, et il le sait: le destin, au lieu de “longs jours”, ne lui accorde qu’une “vie trop breve” (1.416).  L’angoisse de la mort est, chez lui, constamment presente: c’est elle qui explique son impatience en plusieurs circonstances, ou qui le fait, plusieurs fois, envisager d’abandonner la partie et de rentrer en Phthiotide, avec ses Myrmidons.  Il exprime, sur fond d’angoisse, un regret intense d’avoir a quitter la vie: “Il n’est rien pour moi qui vaille la vie … La vie d’un homme ne se retrouve pas” (9.4001, 408).  Il va jusqu’a conseiller aux Acheens de “voguer vers leurs foyers” (9.417).  Mais autant Achille est persuade de sa mort – car il ne croit pas vraiment pouvoir encore choisir entre la vie breve mai glorieuse et la longue vie sans gloire -, autant it est convaincu que son ami, son “autre lui-meme” (18.82), lui survivra.  Pour lui, avec la mort de Patrocle, l’aveni qu’au-dela de sa propre mort il se figurait encore, s’effondre brusquement.  Qui, maintenant, ira chercher son fils a Scyros pour le ramener en Phtie? Il gemit devant le corps dechire du heros: “Avant ce jour mon coeur comptait en ma poitrine que je perirais seul, ici, en Troade, loin d’Argo, nourriciere de cavales, et que tu reviendrais, toi, en Phthie, afin de ramener mon fils de Scyros sur ta rapide nef noire, et de lui montrer tout: mon domaine, mes serviteurs, ma vaste et haute demeure” (19.327-333, trad. Mazon). D’une certaine facon, en ce jour, la mort est survenue avant la mort.  Desormais, Achille n’est plus seulement hante par sa propre mort, mais par le gouffre meme de la mort.  Lui mort, la vie gardait une signification, qu’elle a perdue maintenant.  De la une nouvelle colere, plus “terrible” que l’autre, plus sanguinaire.

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